Montane Winter Spine Challenger South : Allen et Kershaw dominent les 108 miles de l'hiver anglais

Dans le froid mordant et la neige des Pennines, James Allen et Alice Kershaw ont dompté les 174 kilomètres du Challenger South. Récit d'une édition 2025 impitoyable.
174 kilomètres, 57 heures de barrière horaire, un départ le 11 janvier à l'aube britannique. Le Montane Winter Spine Challenger South n'est pas un ultra, c'est un audit de caractère. Et l'édition 2025 a sévèrement trié.
Sur la portion sud du Pennine Way, d'Edale dans le Derbyshire à Hardraw dans le North Yorkshire, James Allen s'est imposé chez les hommes en 34 heures et 39 minutes, avec Mark Potts à 45 minutes et Sam Tansley troisième en 37 h 44, selon les chiffres publiés par Ultra Runner Magazine. Chez les femmes, Alice Kershaw a bouclé la distance en 43 h 14. Dans la catégorie Mountain Rescue Teams, Kevin Robinson l'emporte en 38 h 49. Tout s'est joué dans la neige, le vent et la nuit — la vraie nuit anglaise de janvier, celle qui tombe à 16 heures.
Un objet couru qui ne ressemble à rien d'autre
Le Spine est souvent présenté outre-Manche comme "the most brutal race in Britain". La formule est galvaudée, sauf ici. Le Challenger South, version réduite du Spine Race intégral (431 km jusqu'à la frontière écossaise), se court en autonomie quasi totale, avec un unique point d'assistance majeur à Hebden Bridge. Le reste, c'est une trace à suivre le long de la Pennine Way, ce sentier historique qui traverse les tourbières du nord de l'Angleterre comme une colonne vertébrale de pierre.

Pour donner une idée : 174 km, c'est plus de quatre marathons enchaînés. Mais cette comparaison ne veut rien dire. Sur le Spine, la vitesse moyenne des meilleurs tourne autour de 5 km/h. Navigation obligatoire, bivouac possible, conditions météo érigées en co-organisateur. On est plus proche de l'esprit Barkley — la partie orientation s'entend — que d'un UTMB balisé au chalk spray.
James Allen, une échappée dans le blanc
Le récit de la victoire masculine, tel que rapporté par Ultra Runner Magazine, tient en une image : un coureur seul, boussole et GPS à la main, qui avale les Pennines enneigées après Hebden Bridge sans plus aucun rival dans le champ de vision. Allen, basé à Manchester, a pris le large sur la deuxième moitié quand le groupe de tête s'est délité.
C'est là que le Spine se distingue des ultras continentaux. Sur une course française classique, celui qui prend 20 minutes d'avance la nuit les conserve rarement longtemps. Ici, 20 minutes d'avance dans un plateau balayé par la neige, c'est une éternité — parce que les suiveurs perdent du temps à la moindre hésitation de navigation, au moindre bivouac mal anticipé. Allen a joué cette partition-là.
Son chrono final de 34 h 39 ne dit pas grand-chose hors contexte. Mais rapporté aux conditions décrites par Ultra Runner Magazine — neige sur les plateaux exposés, sections techniques transformées en pièges, brouillard — il se lit comme une performance d'exception. Mark Potts, deuxième en 35 h 24, a signé un finish qu'il a lui-même découvert à l'arrivée : la publication britannique souligne sa "joie mêlée d'incrédulité" en franchissant la ligne. Sam Tansley, troisième en 37 h 44, revendique lui son avantage d'initié. Yorkshireman, il connaît chaque mur de pierre sèche, chaque passage tourbeux du tracé. Sur un Spine, cette cartographie mentale pèse autant qu'un VMA supérieur.
Alice Kershaw, la leçon de tempo

La lecture féminine de l'édition 2025 est plus intéressante encore. Alice Kershaw boucle en 43 h 14, soit environ 8 h 35 de plus que le vainqueur. L'écart paraît conséquent — il ne l'est pas. Sur un format hivernal en autonomie, où la gestion du froid et du sommeil dicte plus que la capacité aérobie, les écarts hommes-femmes se compressent. On l'a vu sur la Montane Spine Race intégrale ces dernières années, où Jasmin Paris avait marqué les esprits en 2019.
Ultra Runner Magazine décrit une Kershaw "étonnamment fraîche, presque sereine" sur la ligne d'arrivée, après avoir traversé les sections les plus exposées de nuit. C'est la signature des grandes performances sur ce type de course : non pas finir écroulé, mais finir encore stratège. La publication britannique y voit une "démonstration de maîtrise". Le terme est juste. Sur un Spine, l'erreur débutante consiste à courir le parcours comme un ultra de montagne classique ; l'approche experte consiste à le gérer comme une expédition de trois jours où chaque ravitaillement, chaque couche enfilée, chaque minute d'arrêt compte.
Le classement MRT, angle mort des médias français
Le Spine se distingue aussi par une catégorie absente de l'imaginaire trail continental : celle réservée aux membres des Mountain Rescue Teams, ces bénévoles qui sillonnent les massifs britanniques pour porter secours aux randonneurs. Kevin Robinson s'y impose en 38 h 49, selon Ultra Runner Magazine.
Derrière lui, la publication rapporte un geste qui mérite d'être relevé : Charlotte Black et Alison Love ont rallié l'arrivée ensemble en 44 h 19, se partageant la deuxième place. Deux coureuses qui choisissent de ne pas se départager après 174 km, ce n'est pas anecdotique. Dans une discipline où la moindre seconde fait l'objet de reclassements algorithmiques sur les performance trackers, c'est un geste qui rappelle la nature profondément différente de l'ultra hivernal britannique : on n'y court pas pour battre l'autre, on y court pour rentrer.
Ce que le Spine dit de l'ultra d'aujourd'hui
Zoom arrière. Pendant que l'industrie du trail se polarise autour des grands labels — UTMB World Series d'un côté, Golden Trail de l'autre —, des formats comme le Spine continuent leur trajectoire parallèle, sans chercher à rentrer dans le moule. Pas de drone au-dessus du peloton. Pas de village d'arrivée sponsorisé. Pas de qualification à accumuler via un système de pierres virtuelles.
Ce que l'édition 2025 confirme, au vu des récits publiés par Ultra Runner Magazine, c'est que ce contre-modèle trouve son public. Une génération de coureurs britanniques — Allen, Potts, Kershaw, Tansley — cultive une polyvalence qui manque cruellement au peloton français : navigation réelle, gestion d'autonomie longue, adaptation météo extrême. Ce sont des compétences qu'on n'apprend ni sur un semi-marathon ni sur un 80 km balisé.
La question qui se pose à l'échelle du continent : combien de temps encore avant qu'un organisateur français, scandinave ou alpin propose un équivalent crédible ? La Diagonale des Fous offre la distance mais pas l'autonomie. La TDS se rapproche des conditions mais reste un écosystème UTMB. Le Spine, lui, n'a pas de clone en Europe continentale. C'est peut-être précisément ce qui en fait, chaque mois de janvier, le rendez-vous le plus honnête du calendrier ultra.
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