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Week-end d'ultra au Royaume-Uni : les Pennines, Exmoor et les Highlands dictent leur loi

Par Rédaction Altitude·30 mars 2026·7 min de lecture
Week-end d'ultra au Royaume-Uni : les Pennines, Exmoor et les Highlands dictent leur loi

Des crêtes galloises aux tourbières écossaises, retour sur un week-end de fin juin où les coureurs britanniques ont écrit quelques-unes des plus belles pages de la saison ultra 2025.

Une femme remporte au scratch la traversée non-stop la plus exigeante du Royaume-Uni, 268 miles le long de la Pennine Way. Ce n'est ni anecdotique ni symbolique. C'est le fait marquant d'un week-end de solstice qui a rappelé, loin du vacarme UTMB, que l'ultra britannique fonctionne comme un écosystème à part.

Entre le 21 et le 22 juin, selon le récapitulatif publié par Ultrarunning World, des centaines de coureurs ont bataillé sur une quinzaine d'épreuves, du Devon aux Highlands. Anna Troup a dominé la Montane Summer Spine Race en 84h56'37", battant tout le plateau hommes compris. Shane Morgan a terminé premier homme en 91h45'56". Gus Irvine a enlevé la West Highland Way en 15h08'34". Sam Humphrey a pulvérisé le record de l'Ultra Wales 50. Plusieurs backyards ont livré leurs bourreaux. Tour d'horizon analytique.

Anna Troup, ou la Spine comme terrain d'égalité

Le chiffre parle seul : 84h56'37". Sur 432 kilomètres de Pennine Way, d'Edale à Kirk Yetholm, Anna Troup a non seulement gagné la course féminine, elle a gagné la course tout court. Sept heures devant le premier homme. Ultrarunning World rapporte que la dernière finisheuse, Gillian McGale, a franchi la ligne le 21 juin, clôturant une épreuve dont la barrière horaire est fixée à 156 heures — soit six jours et demi de tolérance pour les plus lents.

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Ce scénario n'a rien d'un accident. La Spine est précisément le type d'épreuve — longue, dépouillée, privée de sommeil, exposée à la météo — où les différences physiologiques entre hommes et femmes s'estompent au profit de la gestion mentale, de la lucidité nocturne et de la résistance au froid. Jasmin Paris l'avait déjà démontré en 2019 sur la Winter Spine, avec un record absolu qui tient toujours. Troup s'inscrit dans cette lignée. À mesure que la distance augmente et que la technicité cède à l'endurance pure, la scène ultra britannique fabrique régulièrement ses légendes au féminin.

Derrière, la Spine n'est plus une course unique mais une franchise. Ultrarunning World détaille les formats Challenger North (160 miles, James Hargreaves en 42h17'44", Allie Bailey en 53h11'07") et Challenger South (Chris Andrade en 28h33'12", Eleanor Walker en 31h44'55"). Sur le Sprint South, Chris Cope (6h36'41") et Victoria Thompson (7h49'44") ont tous deux établi de nouveaux records du parcours. Ce maillage de distances transforme l'événement en porte d'entrée progressive vers le monstre de 268 miles.

West Highland Way : l'ultra à l'ancienne résiste

La 39ᵉ édition de la West Highland Way Race a livré son verdict le même week-end. 153 kilomètres entre Milngavie, banlieue nord de Glasgow et Fort William, au pied du Ben Nevis. Gus Irvine s'impose en 15h08'34", près de deux heures devant Kyle Wilson (17h07'17"). Rebecca Hormann remporte la course féminine en 19h01'30".

L'intérêt de la West Highland ne tient pas seulement à son tracé, magnifique. Il tient à son règlement. Chaque concurrent doit être accompagné de sa propre équipe d'assistance personnelle. Pas de ravitaillements standardisés, pas de service tout-en-un. On vient courir avec sa famille, ses amis, son van et ses thermos. À l'heure où la plupart des ultras européens s'industrialisent sous bannière UTMB ou Spartan, cette exigence relève de la conservation patrimoniale. Elle explique aussi pourquoi l'épreuve tient depuis 1985 sans jamais avoir eu besoin de marketing : elle récompense un écosystème humain, pas un abonnement annuel.

Pays de Galles : un record qui en dit long

Sam Humphrey a bouclé l'Ultra Wales 50 en 9h32'41", améliorant le record du parcours de près de cinq minutes selon Ultrarunning World. Sur 80 kilomètres et un terrain technique, cinq minutes ne tombent pas toutes seules. Emily Lydon, pour ses débuts sur la distance ultra, l'emporte chez les femmes en 12h49'06" — un chrono d'entrée de gamme qui pose une trajectoire.

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L'Epona 100, qui enchaîne des sections de la Beacons Way, d'Offa's Dyke et de la Cambrian Way au départ d'Abergavenny, livre un indicateur plus cruel. Sur 125 partants, seuls 88 finissent. Un taux d'abandon de près de 30 %. Nathan Hutton s'impose en 23h07'29", Sonia Williams en 26h27'59". La 14 Peaks Ultra, elle, fait défiler quatorze sommets de plus de 3 000 pieds sur 55 km et 3 900 m de D+ dans les massifs du Carneddau, des Glyderau et du Yr Wyddfa. Hugh Chatfield la plie en 6h39'56", Lizzie Richardson en 8h12'15".

Mettons ça en perspective. 3 900 m de D+ sur 55 km, c'est un ratio proche de Sierre-Zinal multiplié par 1,8. Sauf qu'ici, on n'a pas l'autoroute du balcon suisse. On a des crêtes exposées, du vent et des cailloux.

Jurassic Coast : l'ultra côtier devient une discipline à part

Sur 169 kilomètres du patrimoine mondial du Dorset, Justin Montague a remporté la Jurassic Extinction en 22h30, avec plus de trois heures d'avance sur Colin Clarke, rapporte Ultrarunning World. Michelle Claydon termine 5ᵉ scratch chez les femmes en 27h41'57". Plus à l'est, la Race to the King aligne ses deux boucles de 50 km autour de West Dean Gardens, à Chichester. Sergio Torija, 61ᵉ au kilomètre 27, a remonté tout le peloton pour s'imposer en 9h45'50", vingt-cinq minutes devant Robert Burbridge. Linda Goodchild a dominé la course féminine de bout en bout en 10h43'50". Sur 269 partants, 233 finissent — taux d'achèvement proche de 87 %, typique des profils côtiers roulants.

Les deux épreuves illustrent la montée en puissance d'une niche spécifique : l'ultra "patrimonial", qui se vend autant pour son tracé culturel que pour son défi sportif. La formule marche.

Exmoor, Backyards et chronos éparpillés : la longue traîne britannique

L'Exmoor Perambulation a fêté sa 65ᵉ édition. Ultrarunning World rappelle que ses racines remontent à plus de 725 ans. 30 miles en auto-navigation dans le parc national d'Exmoor. Adam Fieldhouse l'emporte en 3h53'27", Lorna Watts en 5h55'59". Une épreuve qui, à elle seule, justifie un pèlerinage éditorial.

Côté backyards, Adrian Busolini a tenu 23 tours (155 km) au Longbridge 100, Robert Mallett 26 heures au Breakheart Backyard Ultra du Gloucestershire. Sur des formats plus exotiques, Alex Marshall a bouclé 100 miles en 18h40'06" sur une boucle d'un mile au Denbies Wine Estate. Rebecca Dyke a gagné au scratch les Two Roses Ultras 100 km du Yorkshire en 7h47'50", devant Dario Castagna (8h00'20"). Sur le Saltire 24h, John Anderson a couvert 121 miles. La Scilly 60, qui ferme le week-end le 22 juin sur les cinq îles habitées des Isles of Scilly, voit James Whetman s'imposer en 4h42'33".

Ce que la scène britannique a compris avant les autres

La densité de ce week-end dit quelque chose de précis. Pendant que l'Europe continentale polarise son calendrier autour de trois ou quatre méga-événements labellisés, le Royaume-Uni entretient une biodiversité d'épreuves incomparable : historiques, minimalistes, techniques, familiales, côtières, montagnardes. La West Highland Way impose une assistance personnelle. L'Exmoor Perambulation demande de savoir lire une carte. La Spine n'a quasiment pas de ravitaillements. Ici, l'ultra n'est pas encore devenu un service. C'est un terrain. Et quand une coureuse comme Anna Troup bat tout le monde sur 432 kilomètres, ce n'est pas la performance qui mérite d'être soulignée — c'est le fait que le format le permette, le valorise et lui donne la place centrale qu'elle mérite. À méditer, côté Chamonix.

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